© 2017 Gérard Sanz Le blog

Beau et camion à la fois

J’ai toujours aimé la peinture hyperréaliste. Très jeune, dès que j’ai vu la première toile exposée dans une galerie proche du Centre Pompidou, j’ai été profondément ému par la maîtrise technique de l’artiste.
Je faisais un peu de peinture, j’y ai renoncé et me suis mis à la photo.
Aujourd’hui, je reviens à cette émotion originale en rendant hommage à ce courant pictural.
J’ai photographié les camions du marché d’Aligre, Paris 12 e , comme des peintures de la vie courante, dans leur banalité et leur neutralité, pour en faire des tableaux abstraits…

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L’amour

Ils étaient debout l’un en face de l’autre, presque à se toucher, les yeux dans les yeux.
Elle du haut de son mètre cinquante-cinq et lui de ses deux mètres. Puis doucement elle s’est levée sur la pointe des pieds, lui l’a entourée de ses bras et ils se sont embrassés. Passionnément, profondément et très longuement.
Ils se sont séparés pour respirer en se souriant. Elle a pris son blouson, qu’il avait du mal à porter, et lui, a posé la main sur son épaule. Puis ils se sont éloignés de l’atelier pour handicapés dans lequel ils travaillent tous les jours. Heureux.
Occupé à les regarder, je n’ai pas fait cette photo, mais c’était tout comme.

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Un petit pas vers l’égalité

Pâques est la plus grande Fête catholique et à ce titre, chaque ville et village d’Espagne la célèbrent par deux processions. La première symbolise la mort et l’enterrement du Christ (samedi) la seconde sa résurrection (dimanche).
Je regardais passer la première du pas de ma porte, saluant quelques parents et voisins y participant. Le corps du Christ arrivait rapidement à ma hauteur car peu de gens accompagnaient cette procession et à ma grande surprise, celui–ci couché sur un lit de pétales de roses était porté par six femmes.
Habituellement, ce rôle est dévolu aux hommes. Je regardais donc avec un regain d’intérêt et un respect nouveau cette manifestation d’égalité et d’ouverture. Je me dis immédiatement que le nouveau Pape dont on nous rebattait les oreilles devait y être certainement pour quelque chose…
Passé mon émotion et la procession je m’en allais féliciter l’une des organisatrices de cette célébration.
Surprise, elle me répondit que ça n’avait rien à voir, si les femmes portaient le Christ cette année c’était parce qu’il n’y avait aucun homme pour le faire.
Déçu, je n’ai pas regardé celle de dimanche…

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Philippe

Un matin il était là, installé dans sa vieille Ford rouge devant mon immeuble.
Il négociait régulièrement avec les policiers pour rester à cet emplacement et ne quittait que rarement sa voiture sans laisser un pote dedans pour ne pas se la faire enlever.
Adossé à sa voiture les bras croisés et avec l’assurance tranquille des vrais durs, il nous regardait passer tous les jours en souriant. Et même s’il buvait beaucoup, il n’avait jamais manqué de respect à quiconque. Peu à peu il était devenu une figure du quartier, tutoyant tout le monde et rendant volontiers de menus services sans rien demander en retour car Il avait « son honneur » et probablement une haute estime de lui-même.
L’hiver dernier, les habitants de la rue qui avaient sympathisés avec lui, s’étaient inquiétés de le retrouver mort de froid dans sa voiture un matin. Ils avaient tort.
Il est mort par une journée ensoleillée d’une rupture d’anévrisme, devant sa voiture, entouré de ses frangins.
Ça fait un an.

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Plouf !

Penché au-dessus du pont, entouré de sa famille et de curieux, il scrute bêtement la surface du canal.
Tout avait pourtant bien commencé ce matin. Levé tôt, il avait fait honneur au buffet, puis après avoir étudié le guide avec sa femme, ils avaient prévu un parcours classique pour cette première journée : Plaza San Marco, Rialto, Accademia et retour en vaporetto.
Il s’était bien équipé pour l’occasion. Bonnes chaussures de sport, chemisette à manches courtes,  short avec plein de poches pour tout ranger et sa casquette préférée « I love NY ». Sans oublier bien sûr son précieux cadeau de Noël. Il a mis le plan de Venise dessus, tous les documents du voyage et il peut même consulter ses mails. La classe.
Alors depuis 9 h du matin, tous les 100 mètres il s’arrête, tend les bras et fait une photo et un petit film en même temps. Maintenant il est bientôt 14 heures et il en a fait des extensions de bras avec son jouet car, même s’il ne pèse que 662 g, multiplié par une cinquante de fois, cela fait quand même 33 kg à porter. Alors qui peut lui en vouloir si sur ce pont pour la 51ème  fois, il a un peu relâché sa prise ?
Certes s’il avait eu un simple appareil photo avec une courroie, il aurait pu le lâcher sans risque. Mais un Ipad n’a pas besoin de courroie et en tout cas, c’est confirmé, ça ne flotte pas.

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Secouez, c’est prêt.

On a tous été un jour ou l’autre à l’hôpital. Visiteur ou résident, on sait comment ça fonctionne.
Les malades sont dans leur chambre et les infirmières regroupées dans une salle quand elles ne font pas de soins. Pour éviter aux patients de s’époumoner en cas de besoin, il existe un bouton poussoir ou un cordon électrique qui permet de les appeler.
En cette période de restriction budgétaire, dans certains hôpitaux de Valencia, on ne répare plus ces sonnettes qui, intensivement utilisées, tombent souvent en panne.
Les infirmières, futées, ont trouvé la solution et envisagent d’en déposer le brevet : les petits flacons en plastique, servant aux analyses d’urine, avec le bouchon rouge qui se visse, sont à moitié remplis de trombones et distribués à chaque malade. En cas de besoin, ces derniers les secouent énergiquement pour appeler les infirmières.
Et ça marche, quand le malade n’est pas trop mal en point. Dommage collatéral : la consommation d’agrafes a explosé dans les hôpitaux, on ne trouve plus de trombones.

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L’africain

On les croise dans tous les endroits touristiques du monde. Chargés de sacs ou de lunettes de soleil de grandes marques, de DVD ou de Tour Eiffel… Ils s’adaptent.
Pour la plupart d’entre nous ce sont de pauvres africains venus gagner un peu d’argent auprès des touristes du monde entier.
Pas tout à fait. Ils sont pour la plupart d’entre eux sénégalais et appartiennent à une congrégation islamique appelée « Mourides ». Leur vocation est de travailler dur pour gagner et envoyer de l’argent chez eux, dans leur famille et dans leur communauté.
Dans le village espagnol où je passe mes vacances, il n’y a ni mer, ni site historique mais, il y a néanmoins un vendeur africain qui chaque jour fait le tour des cafés et de la piscine (en été), pour proposer ses produits. Il rentre un jour dans le café où j’ai mes habitudes et après avoir fait le tour des clients habituels, se dirige vers moi et entame la conversation. Très sympathique, il me marie volontiers avec une amie qui partage un café. Je rétablis la vérité et lui explique que ma femme est en France. Il enchaîne alors en français en m’expliquant que sa mère aussi est française. Et comme je lui demande comment il a atterri dans ce village, il me répond que l’ancien vendeur est parti et qu’il le remplace. J’enchaîne alors en lui demandant s’il est bien « Mouride ». Interloqué, il se tait un moment en me regardant et me répond que non, il n’est pas marié ! Fait demi-tour et quitte le café.
Depuis je le croise régulièrement dans son parcours quotidien mais après m’avoir salué rapidement d’un hochement de tête, il ne me propose plus sa marchandise. Dommage, peut-être y avait-il de bonnes affaires à faire.

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Quand on aime…

L’Espagne, grande nation sportive devant l’Eternel, a élevé depuis très longtemps le football au rang de religion. Et quand on a La Foi, plus que quand on aime, on ne compte pas !
C’est pourquoi une région surendettée comme celle de Valencia, s’est offert le luxe de garantir ces dernières années, les emprunts de quatre de ses clubs de football professionnels. Ils ont pu ainsi, commencer à construire un nouveau stade, recruter de nouveaux joueurs et mieux payer leurs dirigeants. Dernièrement, l’immobilier a fait faillite entraînant avec lui les entreprises du BTP, actionnaires principales de ces clubs. De fait, cette région se retrouve propriétaire des clubs dont elle doit désormais rembourser les dettes (À peu près 450 millions… d’euros, pas de pesetas !) à des banques,  elles aussi,  au bord de la faillite. Vous suivez ?
Les valenciens dont on privatise la santé, diminue les subventions aux écoles publiques et augmente les impôts, vont devoir continuer à payer royalement des joueurs qu’ils vont en plus aller encourager et applaudir le dimanche après la messe.
J’hésite, moi qui suis d’origine espagnole et valencienne à résilier mes origines et en demander des plus slaves afin de me sentir moins honteux à la lecture de telles informations. Je lance donc ici un appel : « Gérard (Depardieu), peux-tu  faire quelque chose pour moi ? »

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Enrique

J’avais un ami DJ dans les années 80 à Valencia que j’adorais accompagner en boîte car j’étais fasciné par son énergie et l’univers qu’il me faisait découvrir.
Il a fini ses études de médecine et commencé à exercer, mais sa passion pour la musique l’animait toujours et dans les années 90, il continuait à «mixer» le week-end dans les discothèques de la région.
Dès qu’on abordait le sujet, il nous expliquait avec passion qu’il avait découvert une nouvelle musique qui commençait à envahir les boîtes et bientôt le monde entier.
Entre amis, on l’écoutait car c’était notre pote mais on trouvait qu’il avait du mal à tourner la page.
Aujourd’hui, il n’est plus là pour apprécier l’explosion planétaire de la techno et la réussite des grands DJ internationaux de notre génération (Bob Sinclar, David Guetta…), mais  je me dis que mon pote Enrique avait une intuition géniale pour comprendre la musique avant tout le monde.
A bientôt (mais pas trop tôt) mon ami.

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Les « vélibs »

Elle est assise par terre, hagarde, au milieu du carrefour. Ses écouteurs et son téléphone à ses pieds. Les pompiers sont autour d’elle, mais elle ne les voit pas. Aucune blessure apparente, juste choquée après avoir été renversée par une voiture. Le conducteur répond aux questions des policiers, écartant les bras en signe d’impuissance et d’incompréhension.
Comment pouvait-il prévoir l’arrivée de cette cycliste en sens interdit sur sa droite ? Il est provincial !
Seuls les franciliens ont appris à se méfier de ces cyclistes immortels (croient-ils) qui ont leur propre code de la route et aucun respect pour le notre.
Haïs des autres cyclistes et encouragés par la mise à disposition permanente de nouveaux vélos, ils terrorisent tous ceux qui circulent sur la chaussée ou sur le trottoir. Assis sur un siège trop bas, ne sachant pas le régler, ils pédalent à toute allure téléphonant ou écoutant de la musique au casque. Seuls au monde…
Un prophète célèbre et lucide a dit : « Bienheureux les simples d’esprits car ils iront au ciel ».
Au dessus de Paris, ça risque d’être encombré.

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Petites économies

L’Espagne et ses 17 régions autonomes traversent une grave crise économique. Valencia, la plus endettée, essaye de faire preuve d’efficacité et d’originalité dans sa recherche d’économies. La dernière en date consiste à ne pas repeindre la totalité des passages protégés pour les piétons ; Seulement les extrémités ! Un cabinet d’ingénieurs privé (les fonctionnaires ont été remerciés) étudiera probablement la longueur à peindre.
Ensuite, les piétons déprimés de voir leur vie en pointillés en permanence sous leurs yeux et leurs pieds augmenteront leur consommation d’antidépresseurs, accentuant ainsi le déficit de la Sécurité  Sociale. Dommage.
Pour ma part je suggère, comme la société Espagnole d’Astronomie, à titre d’économie : la réduction de l’éclairage public. Valencia est la ville la plus illuminée d’Europe (deux fois plus que Madrid et Barcelone et quatre fois plus que les villes allemandes et hollandaises).
Les scientifiques chagrins mais poètes, appellent cela « éclairer les étoiles ».

Bonne nuit.


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